Le sentier de samatha

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tirru...
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Le sentier de samatha

Message non lu par tirru... » jeu. 25 févr. 2016 17:02

Le sentier de samatha
      • Image
L’illustration de ci-dessus reproduit une xylographie tibétaine qui présente les neuf étapes du cheminement de shamatha en les illustrant par neuf scènes. Il y a deux personnages : l’homme, qui est le sujet méditant, l’observateur, et l’éléphant, son esprit. Le méditant manie les deux outils dont il dispose pour développer shamatha : l’attention et le rappel. La hachette, incisive, représente l’acuité de l’attention vigilante et la corde à crochet est le souvenir de la pratique, le rappel. Comme de nombreuses distractions interrompent l’état d’attention vigilante, le méditant doit y revenir par des rappels constamment répétés. La vigilance est l’acuité de base de la pratique et le rappel l’élément qui en assure la continuité.

L’état de shamatha a deux principaux obstacles : d’une part l’agitation créée par les fixations sur les pensées et les émotions, et d’autre part la torpeur, l’opacité mentale. La torpeur est représentée par la noirceur de l’éléphant et l’agitation par celle du singe. Le feu qui décroît au fil des étapes exprime le niveau énergétique de la méditation : au fur et à mesure qu’elle progresse, la pratique exige de moins en moins d’efforts. Les six virages du chemin déli­mitent six paliers de la progression, dominés successivement par six forces de la pratique qui sont : l’écoute des instructions, leur assimilation, leur souvenir, la vigilance, la persévérance et la parfaite habitude. En bordure du chemin sont placés différents objets : plat de nourriture, conque, petite cymbale et miroir représentant les objets sensoriels : saveurs, odeurs, sons, et formes visuelles, qui distraient du chemin de shamatha si le méditant les saisit.

  • 1 – Au bas de la reproduction, à la « première station », la distance séparant le méditant et son esprit est grande. L’éléphant de l’esprit est mené par le singe de son agitation. Le feu est important, c’est-à-dire que la méditation demande beaucoup d’énergie ; les obstacles sont à leur maximum : tout est noir.

    2 – À la deuxième station, le méditant grâce à son attention se rapproche de l’éléphant ; le singe mène toujours l’esprit mais le rythme s’est ralenti. L’opacité et l’agitation décroissant, du blanc filtre dans la noirceur de l’éléphant et du singe.

    3 – À la troisième station, le méditant ne court plus vraiment après son esprit ; ils sont maintenant face à face. Le singe est toujours en avant mais il n’entraîne plus l’éléphant. Un contact suivi entre le méditant et l’esprit s’est établi avec la corde du rappel. Une forme de torpeur subtile, passée jusqu’alors inaperçue, apparaît ; c’est le petit lapin. La noirceur de l’opacité et de l’agitation décroît.

    4 – À la quatrième station, l’évolution se précise, le méditant se rapproche encore de l’éléphant. La blancheur du singe, de l’éléphant et du lapin progresse. La scène est plus calme.

    5 – À la cinquième station, la situation se renverse. Le méditant guide maintenant l’éléphant de l’esprit avec une attention et un rappel continus. Le singe ne conduit plus, mais le lapin est toujours là. La scène est encore plus claire.

    Dans l’arbre, un singe blanc cueille des fruits blancs : il représente l’activité de l’esprit s’engageant dans des actes positifs. Bien que de telles actions doivent habituellement être cultivées, ce sont des distractions pendant la pratique de shamatha ; c’est pourquoi l’arbre est noir et à l’écart du chemin.

    6 – À la sixième station, les progrès se précisent ; le méditant conduit ; le rappel de la méditation est constant sans que l’attention n’ait plus besoin d’être dirigée vers l’esprit. Le lapin est parti et la situation se clarifie de plus en plus.

    7 – À la septième station, la scène est devenue très paisible. La marche n’a plus à être dirigée. La situation est devenue presque complètement transparente ; quelques taches noires signalent encore des points délicats.

    8 – À la huitième station, l’éléphant marche docilement avec le méditant. Il n’y a pratiquement plus de noir et la flamme de l’effort a disparu. La méditation est devenue naturelle et continue.

    9 – À la neuvième station, l’esprit et le méditant sont tous deux au repos complet. Ils sont comme de vieux compagnons habitués à rester tranquilles ensemble. Les obstacles ont disparu, shamatha est parfait.


Les tableaux suivants, portés par le faisceau émanant du cœur du méditant, représentent l’évolution de la pratique au sein de cet état de shamatha. La réalisation de shamatha est caractérisée par des expériences d’allégresse et de ravissement, illustrées par le méditant volant ou transporté à dos d’éléphant.

Le dernier tableau se réfère à la pratique conjointe de shamatha et de vipashyanâ. La démarche se renverse. Esprit et méditant sont ensemble, l’un chevauchant l’autre. Le feu révèle une nouvelle énergie qui apparaît : l’épée flamboyante de l’intelligence immédiate tranche les deux faisceaux noirs des voiles des passions et de la dualité.


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Re: Le sentier de samatha

Message non lu par Dharmadhatu » mar. 1 mars 2016 16:11

Merci Tirru. jap_8

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Re: Le sentier de samatha

Message non lu par yves » mar. 1 mars 2016 20:01

merci aussi love_3
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Re: Le sentier de samatha

Message non lu par tirru... » mar. 1 mars 2016 22:36

jap_8 <<metta>>
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Re: Le sentier de samatha

Message non lu par ted » mer. 6 avr. 2016 22:15

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Re: Le sentier de samatha

Message non lu par Upekkhā » jeu. 7 avr. 2016 12:47

J'aime beaucoup cette image. Merci loveeeee
Dumè Antoni

Re: Le sentier de samatha

Message non lu par Dumè Antoni » jeu. 7 avr. 2016 13:23

A quelques détails près, ça ressemble aux 10 tableaux du dressage du buffle (sauf qu'il s'agit d'un éléphant et d'un singe, ici).
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Re: Le sentier de samatha

Message non lu par Dharmadhatu » jeu. 7 avr. 2016 20:15

Dumè Antoni a écrit :A quelques détails près, ça ressemble aux 10 tableaux du dressage du buffle (sauf qu'il s'agit d'un éléphant et d'un singe, ici).
jap_8 Oui c'est vrai, ça ressemble beaucoup au dressage du buffle, mais dans la tradition indo-tibétaine d'où est tirée cette illustration, le dressage de l'élephant sauvage qu'est l'esprit a une visée moindre que celle du Zen: elle n'explique que les 9 stades de pacification mentale (shamatha): placement de l'esprit sur l'objet, placement continu, placement répété, placement rapproché, discipline, pacification, parfaite pacification, focalisation, placement égal.

C'est à l'issue de ces 9 stades, quand le pratiquant ressent une souplesse et une félicité mentales et physiques, qu'il a atteint la capacité de placer son esprit sur n'importe quel support sans aucun obtsacle ni aucune lassitude pendant une durée indéfinie. Cette absorption unipointée, qui permet d'accéder au pouvoirs comme les claivoyances (symbolisées par le moine qui fait du parapente avec son zèn) est la base sur laquelle reposera l'analyse de vipashyana (l'épée enflammée tenue par le moine dans le dernier dessin).

Les textes sur les Etapes de la voie vers l'Eveil disent que des trois entraînements supérieurs, l'éthique (shila) amoindit les afflictions, la concentration (shamatha) les met de côté et la sagesse (prajña) les tranche à la racine (d'où l'épée). Sa Sainteté le Dalaï Lama illustre l'éthique par le bras, la concentration par la force du bras, et la sagesse par l'épée que brandit le bras.

Image

Pour plus d'infos détaillées sur le dressage de l'élephant, il y a toute la première partie de Epanouir l'esprit et ouvrir son coeur à la bonté de Sa Sainteté:

Image

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Re: Le sentier de samatha

Message non lu par ted » jeu. 7 avr. 2016 21:48

Dharmadhatu a écrit : C'est à l'issue de ces 9 stades, quand le pratiquant ressent une souplesse et une félicité mentales et physiques, qu'il a atteint la capacité de placer son esprit sur n'importe quel support...
C'est quoi une félicité "physique" ? Est-ce qu'on est en meilleure santé ?
On est en forme ? On guérit de certaines maladies ? :?: :oops:
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Re: Le sentier de samatha

Message non lu par Dharmadhatu » ven. 8 avr. 2016 19:01

On guérit de certaines maladies ?
jap_8 C'est possible, Ted, mais je ne sais pas s'il c'est dû à ce type de félicité ou bien au fait que la méditation d'une manière générale est quelque chose qui fait du bien au sens large.

Ce qui est sûr, c'est que ce type de félicité (associée à la souplesse) n'est pas la félicité générée par le plaisir sexuel, ni la félicité de l'esprit inné qui réalise la vacuité décrit dans les Tantras supérieurs. Il s'agit d'un type de bien-être qui empêche toute sensation douloureuse due à la posture tenue même pendant longtemps.

Certains textes décrivent une complexion générale du corps qui change, qui "s'illumine" en un sens. Sa Sainteté décrit qu'avant que cet accès à shamatha advienne, il y a une sensation sur le sommet du crâne, qui n'est, somme toute pas désagréable (bien que la traduction française de Se voir tel qu'on est lui fasse dire le contraire, ce qui n'est pa sle cas dans la version anglaise).
Est-ce qu'on est en meilleure santé ?
On est en forme ?
Comme tu le sais, la pratique générale de la méditation est bonne pour l"équilibre émotionnel, le système immunitaire etc. donc, on est censé être plus en forme après des années de pratique, en tenant compte du vieillissement de l'individu bien sûr.

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Re: Le sentier de samatha

Message non lu par ted » sam. 9 avr. 2016 10:39

Et les risques de samatha, si on en parlait ? :D

Pour moi, il y en a un, très clair : tomber accroc au calme et à la paix de l'esprit.

Engueuler ses enfants parce qu'ils vous empêchent de méditer tranquille. :shock: Je l'ai fait. :oops:
C'est un non sens !!! :shock:

Et donc, on a des personnes qui fuient parfois le monde. Qui fuient toute polémique !
Qui ne veulent plus trancher, plus s'impliquer. Plus se battre. Elles ont renoncé.
C'est bien. C'est cool.

Mais ceux qui restent, ils font quoi ?
Papa est parti en haut de la montagne... :oops:
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Re: Le sentier de samatha

Message non lu par yudo » sam. 9 avr. 2016 10:50

Ce qui est rigolo, c'est que, dans un sutta du Canon Pali, le Bouddha compare samatha et vipassana aux deux chevaux d'une bige qui elle, est dhyâna. C'est une des rares occurences du mot vipassana dans les suttas, où le Bouddha recommande plutôt aux moines oisifs d'aller pratiquer dhyâna...
La responsabilité des élèves est d'empêcher le maître de se "prendre pour un maître".
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Re: Le sentier de samatha

Message non lu par Dumè Antoni » sam. 9 avr. 2016 10:54

Ted a écrit :Et les risques de samatha, si on en parlait ? :D
Hakuin disait que c'est "la caverne aux démons" (mais Hakuin était un maître zen et la méthode diffère quelque peu de celle du vajrayana). Cela étant, c'est un passage obligé. Je ne vois pas comment l'on pourrait évoluer sur la voie si l'on n'est pas capable de comprendre comment fonctionne le singe et l'apprivoiser. Par ailleurs, samatha n'est jamais enseignée seule. Shiné (samatha) est toujours enseignée avec Laktong (vipassana), du moins il en était ainsi quand je pratiquais le BT et je ne crois pas que les choses aient changé dans ce domaine. La pratique de samatha et de vipassana conjointement permet d'éviter de s'enfermer dans la "caverne du démon".
Pour moi, il y en a un, très clair : tomber accroc au calme et à la paix de l'esprit.
C'est en effet un risque, mais seulement si samatha est pratiquée seule (ce qui ne devrait pas être le cas si l'on pratique dans le cadre d'un sangha avec un maître qualifié).
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Re: Le sentier de samatha

Message non lu par Upekkhā » sam. 9 avr. 2016 11:04

Bonjour,

je ne vois pas en quoi samatha est un problème, hormis les jhanas qui peuvent amener à rendre "accroc" à la paix de l'esprit, au ravissement et à la satisfaction fabriquées.

Engueuler ses enfants parce qu'ils vous empêchent de méditer tranquille. :shock: Je l'ai fait. :oops:
C'est un non sens !!! :shock:

Et donc, on a des personnes qui fuient parfois le monde. Qui fuient toute polémique !
Qui ne veulent plus trancher, plus s'impliquer. Plus se battre. Elles ont renoncé.
C'est bien. C'est cool.
Après je pense qu'il ne faut pas se voiler la face: il faut savoir ce que l'on veut dans la vie. On ne peut pas concilier (tout du moins à des degrés élevés je pense) samatha et encore moins samadhi à une vie mondaine (qui plus est une vie familiale). On ne peut pas avoir le beurre et l'argent du beurre. ;-)
Mais ceux qui restent, ils font quoi ?
Papa est parti en haut de la montagne... :oops:
Bah ils ont fait leur choix (enfin ceux qui ont le conditionnement intellectuel qui le permet).

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Re: Le sentier de samatha

Message non lu par Dharmadhatu » sam. 9 avr. 2016 13:25

:D Pour faire écho aux propos de Dumè, cette image du sentier de shamatha ne concerne pas encore le Vajrayana mais est enseignée dans les Lam-rims seulement lors de l'évocation des 6 perfections transcendantes (ainsi shamatha/shiné est enseigné avant viphashyana/lhakthong, bien que les 2 doivent être finalement unies, Cf. Tsongkhapa's Final Exposition of Wisdom); il s'agit donc seulement du Mahayana des Sutras ou des Paramitas.

Le Vajrayana (Mahayana des Tantras) offre des méthodes puissantes permettant d'actualiser plus facilement shamatha et vipashyana (Cf. Tantra in Tibet et Deity Yoga, S.S. le Dalaï Lama, Tsongkhapa et J. Hopkins): les classes de Tantras inférieurs permettent de parcourir plus rapidement la voie d'accumulation et de préparation (ou de jonction où shiné et lhakthong sont unifiés) grâce à certaines techniques sophistiquées. Ce qui est encore plus le cas avec les pratiques des Tantras supérieurs (concentration sur un objet subtil etc.).

Le danger principal évoqué par Ted est qu'en effet, seul shamatha n'est aucunement libérateur, au contraire, s'il y a de l'attachement, il s'ensuit des karmas immuables (appelés ainsi car il ne peuvent fructifier que dans les sphères de la forme et du sans-forme, contrairement aux autres types de karmas).

:arrow: Il y a une histoire comme ça où un yogi s'apprête à méditer shamatha et demande auparavant qu'on lui apporte son thé. Il médite avant même qu'on ait le temps de lui apporter. Il médite, médite, médite, des semaines, des mois... il est plein de toiles d'araignées, et des oiseaux ont fait leur nid dans son chignon. Puis il sort de sa concentration en un point et se met en colère en voyant qu'il n'a toujours pas son thé ! ::mr yellow::

Sans vipashyana, shamatha n'apporte qu'un type de félicité samsarique. Après, ceux qui partent dans les montagnes ne sont pas forcément experts en shamatha, ça peut être juste parce qu'ils ont développé un vrai dégoût par rapport à ce mélodrame affligeant qu'est le samsara. Bien sûr, ce renoncement est une base magnifique pour ensuite s'entraîner à shamatha puis vipashyana. Ce qui est splendide avec les Tantras, c'est qu'on peut renoncer au monde tout en demeurant dans le monde, utiliser l'attachement pour consumer l'attachement, puisque ce mélodrame et son générique de fin ne sont qu'une question de perception... ordinaire ou purifiée.

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