La contemplation du corps

Le Bouddhisme Theravāda est la branche la plus ancienne du bouddhisme.
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La contemplation du corps

Message non lu par chercheur » lun. 2 juil. 2018 21:05

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La contemplation du corps

Enseignement donné le 1er mars 2004 par Thanissaro Bhikkhu

Les gens sont très réfractaires à la contemplation du corps en tant qu’objet de méditation.
Certains d’entre eux se plaignent qu’ils ont déjà une image négative du corps, et donc,
pourquoi faut-il se focaliser sur le côté négatif du corps ? D’autres disent que la contemplation
du corps est une manière d’encourager l’aversion envers le corps, ce qui est un état d’esprit
malsain. D’autres disent qu’ils ne sont pas du tout attachés à leur corps, et donc pourquoi
devraient-ils se focaliser sur le corps ? Ou bien ils se réfèrent à cette histoire où le Bouddha
avait recommandé la contemplation du corps à des moines, et partit ensuite dans la forêt pour
quelques mois. Les moines devinrent si dégoûtés de leur corps qu’ils commencèrent à se
suicider, tandis que d’autres recrutaient des assassins pour qu’ils les tuent. Quand le Bouddha
sortit de la forêt, il découvrit que la communauté des moines était beaucoup plus petite
qu’avant, et donc il appela les moines qui restaient et il leur dit de pratiquer à la place la
méditation sur la respiration. Certaines personnes citent cela comme une preuve que la
contemplation du corps est une pratique malsaine.

Cependant, le fait que les gens sont tellement réfractaires à cette méditation montre que
c’est important. C’est quelque chose qui nous menace, parce que cela va au cœur même de
notre attachement. Il n’y a rien au monde à quoi nous soyons plus attachés qu’à notre propre
corps. C’est la raison pour laquelle beaucoup de personnes ont tellement d’excuses pour ne
pas se focaliser ici-même.

Si vous ne vous focalisez pas dessus, que va-t-il se passer ? Vous allez maintenir votre
attachement profond au corps. Celui-ci ne va pas disparaître de lui-même. Certaines personnes
pensent qu’elles peuvent court-circuiter le processus d’attachement en allant directement à
leur sens du soi, pensant qu’en tranchant le sens du soi, elles ne seront pas obligées de
travailler sur la contemplation du corps, parce que le travail qu’elles font va plus profond,
directement à la racine. Mais l’attachement est comme une liane : vous ne pouvez pas trouver
la racine tant que vous n’avez pas saisi la branche la plus proche et que vous la remontiez.

Vous ne pouvez pas vraiment aller à la racine de votre attachement au soi jusqu’à ce que vous
ayez examiné où se trouvent vos attachements quotidiens les plus flagrants, vos attachements
de moment en moment : ici-même dans le corps. Vous ne pouvez pas supporter la moindre
petite chose qui arrive à votre corps. Une petite faim, une petite soif, trop de chaleur, trop de
froid, et vous prenez la fuite. Un petit problème de santé, et vous vous précipitez pour
chercher des médicaments. Si ça, ce n’est pas de l’attachement, qu’est-ce que c’est ?

Donc, il est important que nous examinions les choses ici-même. Sinon, nous restons
attachés à la souffrance que le corps va nous apporter. Comme nous le savons tous, il vieillit,
tombe malade et ensuite il meurt. Si vous ne pensez pas que cela va être de la souffrance, alors
allez passer quelque temps avec des gens très âgés, des gens très malades, des gens qui sont en
train de mourir. Voyez combien ils souffrent. Il y a deux semaines, quand j’étais de retour chez
mon père, j’ai participé au rituel quotidien consistant à le retourner afin que ma belle-mère
puisse lui enlever sa couche. Pendant qu’elle faisait cela, j’ai pu voir à quoi ressemble un
vieux corps avec des escarres, comment un vieux corps fonctionne et ne fonctionne pas,
combien de souffrance il provoque quand il est impotent, non seulement pour la personne dans
le vieux corps, mais aussi pour les gens qui prennent soin de lui. J’ai aussi vu à quoi cela
ressemble d’être vieux et de ne pas avoir entraîné l’esprit. Dans ces moments-là, l’esprit est
totalement incontrôlable, parce que lorsque le corps s’affaiblit, votre énergie diminue. Les
pensées qui font irruption dans l’esprit peuvent en prendre totalement le contrôle si vous
n’avez pas développé la capacité à les contrer.

Et puis, il y a toutes les indignités de la vieillesse. C’est comme si le corps humain était
conçu pour saper tout sens de fierté que nous puissions ressentir. D’autres personnes doivent
vous essuyer ; d’autres personnes doivent vous retourner ; quel que soit le sentiment d’intimité
que vous ayez pu avoir au sujet de votre corps, il passe par la fenêtre. Vous ne pouvez pas
contrôler votre fonction d’uriner, vous ne pouvez pas contrôler votre fonction de déféquer.

Tout devient incontrôlable. Et c’est une bonne chose de contempler cela, de ne pas développer
un sens d’aversion, mais d’examiner le caractère universel de cette condition du corps et de
développer un sens de saṁvega , de voir la quantité d’efforts consacrés à maintenir le corps, et
ensuite ce à quoi aboutissent tous ces efforts. Si c’est là que vous recherchez le bonheur, vous
cherchez au mauvais endroit. C’est là tout l’objet de cette contemplation. Si vous n’apprenez
pas comment abandonner votre attachement maintenant, pendant que vous êtes encore fort et
en bonne santé, cela va devenir de plus en plus difficile lorsque le corps s’affaiblira, lorsque le
corps vieillira.

Donc, nous devons développer un sens de pasāda, un sens de confiance dans la
contemplation du corps. Il vous sera impossible de surmonter votre attachement au corps si
vous ne l’examinez pas très, très attentivement. La raison pour laquelle nous y sommes
attachés, c’est parce que nous ne regardons pas attentivement. C’est là tout l’objet de la
contemplation des trente-deux parties du corps : contempler le corps selon les termes des
éléments, car il n’est que cela. Qu’avez-vous là ? Seulement des éléments physiques. Le vent,
ou l’énergie. Le feu, la chaleur. L’eau, la fraîcheur. Et la terre, la fermeté. Vous
appartiennent-ils ? Non, ils font tous partie du monde. Ainsi que le dicton le dit : « Les cendres
retournent aux cendres, la poussière à la poussière. » Aussi longtemps que nous sommes
vivants, nous absorbons les éléments lorsque nous mangeons et nous expulsons les éléments
lorsque nous déféquons, et ensuite quand nous devons abandonner tout le truc, tout cela
retourne aux éléments lorsque nous mourons. Donc, où allez-vous trouver le bonheur véritable
là-dedans ? Après tous les efforts que vous avez consacrés au corps, le corps vous est-il
fidèle ? Parfois il fait ce que vous voulez, mais souvent il ne le fait pas. Quand il commence à
vieillir, à tomber malade et à mourir, il ne vous demande pas votre permission. Vous pourriez
penser qu’après tous les efforts que vous lui avez consacrés, il vous montrerait un peu de
gratitude, mais il ne le peut pas. Ce n’est pas dans sa nature.

C’est nous qui avons animé cette chose. Une des images dans le Canon est celle du corps
en tant que marionnette. Nous tirons les ficelles pendant un moment, et ensuite elles cassent,
les morceaux se brisent. C’est une bonne chose de développer un sens de dépassion et de
désenchantement vis-à-vis du corps, de développer un sens de saṁvega, afin que lorsqu’il se
brise, nous ne nous brisions pas aussi.

Nous récitons les trente-deux parties du corps si souvent que la récitation est devenue
quelque chose de presque automatique. Vous pouvez la faire sans même penser à ce que vous
dites, donc arrêtez et focalisez-vous sur chacune des trente-deux parties, une par une.
Arrêtez-vous sur chacune et visualisez-la, à mesure que vous passez la liste en revue.
Commencez avec les cheveux, les poils, les ongles, les dents, la peau, la chair. Lorsque vous
visualisez chaque partie, essayez aussi d’avoir un sens de l’endroit où cette partie se trouve
exactement dans votre corps. Quand vous arrivez à la peau, vous vous rendez compte que vous
avez là le corps tout entier, entouré ici-même. Il y a la peau tout autour de vous, de tous côtés.

La chair est partout, avec les os au milieu. Passez en revue les différentes parties jusqu’à ce
que vous en rencontriez une qui vous frappe, qui fasse tilt. Rappelez-vous : « Oh, oui, il y a
également une chose comme cela dans ce corps. » Et cette incongruité vous frappe vraiment.

Vous avez un foie, une vésicule biliaire, des grands intestins, vingt-quatre heures sur
vingt-quatre. Vous trimbalez cette chose avec vous tout le temps – « cette chose » étant toute
partie qui vous fait ressentir combien ce corps est étrange, dégoûtant, malpropre ou bizarre,
quelle que soit la partie qui vous frappe, de quelque manière que ce soit, pourvu que cela soit
utile pour la contemplation. Vous avez tellement pris soin de ceci, vous vous en êtes tellement
occupé, et c’est tout ce que les efforts que vous y avez consacrés ont donné.

Nous ne sommes pas en train de dénigrer le corps, nous sommes seulement en train de le
regarder pour ce qu’il est. En fin de compte, nous voulons apprendre comment l’utiliser
simplement comme un outil, sans nous y attacher ; mais pour contrebalancer l’attachement,
nous devons aller très loin dans la direction opposée, pour contrebalancer tout le battage, tous
les slogans publicitaires élaborés que vous avez utilisés pour vous vendre à vous-même le
corps : combien il est important, combien il est essentiel, toutes les bonnes choses que l’on
obtient en s’en occupant très soigneusement, en faisant tout ce yoga, en lui fournissant de
l’exercice, en mangeant toutes ces nourritures adéquates. Vous pouvez faire ces choses-là, et
cependant il va vieillir, tomber malade, et mourir.

Une des techniques de méditation qu’Ajaan Fuang aimait enseigner, quand les gens
développaient un sens de luminosité dans le corps, était de leur demander de se visualiser
eux-mêmes à l’intérieur de cette lumière. Parfois, ils n’avaient même pas besoin de le vouloir.
L’image apparaissait toute seule, là, dans la lumière. Ils pouvaient se voir assis juste en face
d’eux-mêmes. Alors, il leur disait : « Bon, pensez à quoi le corps va rassembler dans cinq ans,
ensuite dans dix ans, quinze, vingt ans, et ainsi de suite, jusqu’à ce que vous mourriez. A quoi
va-t-il ressembler quand vous mourrez ? Ensuite, si vous le conservez le deuxième jour après
que vous êtes mort, le troisième jour, le quatrième jour, le cinquième jour : à quoi va-t-il
ressembler alors ? Après sept jours, incinérez-le. Observez les flammes de la crémation. Et
alors, que reste-t-il ? Seulement quelques cendres et quelques os, et ensuite, avec le temps, les
os eux-mêmes finiront par se transformer en cendres. Il ne reste rien qu’un tas de poudre.
Ensuite, il est dispersé par le vent. » Après cela, il leur demandait de se repasser le film à
l’envers, de réassembler la chose tout entière jusqu’à ce qu’ils reviennent au moment présent
pour se reconnecter au fait que ce que vous avez ici-même va inévitablement dans la direction
que vous venez de voir.

Le bénéfice de tout cela, c’est que quand il y a la moindre petite illusion à propos du corps,
cette contemplation aide à y mettre un terme immédiat. Ensuite, il y a le désir pour le corps
idéal, la pensée que : « Il se peut que les autres vieillissent, mais je vais faire du yoga, je vais
manger correctement, et je ne vais pas vieillir aussi rapidement qu’eux, » : vous vous rendez
compte combien cela est illusoire et futile. Il ne s’agit pas de vous encourager à ne pas prendre
soin du corps, mais simplement à faire attention à toute illusion qui pourrait se développer
autour de lui, afin que quand le vieillissement, la maladie et la mort arriveront, vous soyez
plus préparé.

Une autre raison pour contempler le corps, c’est de vous demander : le vieillissement, la
maladie et la mort approchent ; avez-vous atteint l’état d’esprit qui sera libre de la souffrance
quand elles arriveront ? Si ce n’est pas le cas, de combien de temps disposez-vous ? Vous ne
savez pas. Donc, mettez-vous au travail immédiatement. Quand vous ressentez l’envie de
couper court à votre méditation, souvenez-vous de ceci : combien de temps aurez-vous encore
pour méditer ? Êtes-vous arrivé là où vous voulez aller ? Après tout, c’est la fin de l’histoire
pour nous tous. Le vieillissement, la maladie, la mort : c’est dans cette direction que nous
allons tous. Vous devez être préparé. Autrement, quand vous serez vieux, vous resterez allongé
dans votre lit à halluciner – en train de voir des chiens bizarres dans un coin de la pièce, et des
gens en train de se suicider dans le jardin – parce que le fait d’être vieux, le fait de votre mort
qui approche, est tout simplement quelque chose qui vous dépasse, quelque chose de trop
énorme pour que l’esprit arrive à le gérer. L’esprit commence à refouler les choses. Quand il
refoule les choses de cette manière, il se dirige vers l’illusion. Il essaie de fuir de toutes ses
forces les choses désagréables, mais vous ne pouvez pas les fuir. Elles se trouvent ici-même.

Vous vous êtes piégé vous-même. La seule manière de sortir de ce piège, c’est de creuser à
l’intérieur de l’esprit et de déraciner vos attachements. C’est là que réside votre espoir.

Quand le Bouddha pointe du doigt les aspects négatifs des choses, ce n’est jamais
simplement pour s’arrêter à l’aspect négatif. C’est pour vous montrer le chemin vers le
Sans-mort. C’est pour vous rappeler, comme un avertissement : les choses sont ainsi. Donc,
qu’allez-vous faire pour rester heureux face à cela ? Seul le Sans-mort peut vous fournir un
refuge sûr dans un tel moment. Nous aimons penser que la vie se terminera gentiment, que
tous les détails se régleront, que tout va s’arranger, comme à la fin d’un film ou d’un roman,
mais ce n’est pas ce qui se produit. Tout se défait, tombe en morceaux, tout simplement. Les
choses ne se rejoignent pas et ne se résolvent pas gentiment. A la fin de la vie, il y a une
énorme dissonance, lorsque les choses partent dans tous les sens. C’est ainsi que finit le corps.

Dès lors, la question est : l’esprit suivra-t-il également le même chemin ? Nous avons le
choix. C’est notre chance – la pratique – et donc nous contemplons l’aspect non attirant du
corps pour développer un sens de saṁvega , pour nous encourager à pratiquer et à creuser plus
profondément. Ainsi que le Bouddha l’a dit, sati immergé dans le corps conduit en dernier
ressort au Sans-mort, si vous le pratiquez correctement. Si vous le pratiquez incorrectement et
que vous développez un sens d’aversion comme les moines dans l’histoire, alors – comme le
Bouddha le leur avait conseillé – retournez à la respiration. Cela aidera à dissiper l’aversion,
de la même manière que les premières précipitations de la saison des pluies dissipent toute la
poussière qui a rempli l’air pendant la saison chaude.

Mais cela ne signifie pas que vous arrêtez de pratiquer la contemplation du corps. Cela
signifie simplement que vous devez apprendre à le faire habilement, afin que le sens de
saṁvega soit toujours là, inspirant un sens de pasāda, de quelque manière que ce soit, pour
que cela vous fournisse un affranchissement au moins partiel, pour que cela vous fournisse une
voie de sortie, afin que – comme le dit le sutta – vous soyez heureux même quand vous serez
malade, heureux même quand vous vieillirez, heureux même quand vous mourrez. Mais parce
que notre attachement au corps est tellement fort, nous avons besoin d’un remède puissant
pour le contrebalancer. La contemplation du corps n’est pas quelque chose que vous pratiquez
une fois de temps en temps. C’est quelque chose que vous devez pratiquer de façon répétée.

Vous devez revenir continuellement à ce thème parce que c’est la seule chose qui vous
permettra de rester sain d’esprit, la seule chose qui vous fournira le véritable affranchissement.
Si vous découvrez que vous opposez une résistance à cette pratique, examinez cette
résistance pour voir exactement ce qu’elle est. D’ordinaire, c’est une manière de camoufler
votre attachement. Le corps n’est pas le problème : c’est l’attachement qui est le problème,
mais pour gérer l’attachement, vous devez vous focaliser sur l’objet où l’attachement est très
fort. Quand vous l’examinez vraiment, vous voyez que le corps n’est vraiment pas
grand-chose, qu’il ne vaut pas grand-chose, et cependant votre attachement élabore tant
d’histoires, tant de désirs autour de lui.

Donc, c’est un sujet de méditation que vous devez conserver à portée de main en
permanence, parce que ces attachements apparaissent de toutes sortes de façons, à tout
moment. Vous voulez être prêt pour eux, avoir le dessus sur eux. Tandis que le corps continue
à jouer son rôle – il s’use ici, il s’use là, cette maladie-ci apparaît, cette maladie-là apparaît –,
vous serez préparé.

En Thaïlande, il y a une tradition qui consiste à imprimer des livres lors des funérailles, et
au début de chaque livre il y a habituellement une petite biographie de la personne à qui le
mérite est dédié. En Thaïlande, nombre des meilleurs livres sur le Dhamma sont ceux qui sont
imprimés pour ces funérailles, et donc lorsque vous lisez ces livres sur le Dhamma, vous ne
pouvez vous empêcher de regarder certaines des biographies. Elles suivent toutes le même
schéma. La personne se portait bien, menait une vie heureuse : femme, mari, enfants, etc. Puis
au bout d’un certain temps, il ou elle a commencé à développer un problème de santé
spécifique, peut-être un petit problème rénal, un problème de foie, peut-être un problème
cardiaque. Au début, cela ne semblait pas trop sérieux, les médicaments pouvaient traiter le
problème, mais au bout d’un certain temps, c’est devenu de plus en plus chronique, de plus en
plus gênant, jusqu’au stade où finalement les docteurs n’ont plus rien pu faire. Ils ont dû tout
simplement baisser les bras, et bien qu’ils aient fait de leur mieux, la personne est morte.

Et c’est ironique. L’esprit humain a tendance à penser : « Bon, c’est eux. D’une certaine
manière, je suis différent. » Mais vous n’êtes pas différent. Regardez-vous. Regardez les gens
autour de vous. Quelle maladie va terrasser la personne à côté de vous ? Quelle maladie va
terrasser la personne là-bas ? Quelle maladie portent-ils déjà en eux, qui en fin de compte
causera leur mort ? Quelle maladie portez-vous en vous ? Le potentiel est déjà là, à l’œuvre.

Une des contemplations que je faisais fréquemment à Bangkok lorsque je circulais en bus
était de me rappeler que : « Toutes les personnes dans ce bus ont des funérailles qui les
attendent. Il va y avoir des funérailles pour cette personne-ci, des funérailles pour cette
personne-là, des funérailles pour cette personne là-bas. Cela va les frapper toutes. Et moi
aussi. » Et c’est amusant : vous pourriez penser que cette manière de penser est pessimiste ou
triste, mais ce n’est pas le cas. C’est libérateur. C’est un grand égalisateur. Vous n’êtes plus
prisonnier des détails qui consistent à aimer cette personne-ci ou à ne pas aimer cette
personne-là, à vous inquiéter à propos de ceci, ou de ce problème-là dans votre vie. Vous savez
que tout cela va finir par la mort. Et cette pensée vous libère pour vous focaliser sur les choses
qui sont vraiment importantes, comme l’ensemble de la question de l’attachement.

Essayez de voir cette pratique comme quelque chose de libérateur, parce qu’elle l’est. Si
vous appréciez ce fait, vous découvrirez qu’elle vous permettra d’aller de plus en plus loin. Si
vous avez l’attitude adéquate envers la contemplation du corps, cela peut vous mener loin.
Cela peut procurer beaucoup de liberté, même au milieu de la vieillesse, de la maladie et de la
mort, au milieu de toutes les indignités, les douleurs et les problèmes du vieillissement, de la
maladie et de la mort, car cela vous aide à vous orienter dans la bonne direction, vers la partie
de l’esprit qui est libre.

La dernière fois que j’ai vu Ajaan Suwat, un peu avant sa mort, il a mentionné le fait que
son cerveau commençait à mal fonctionner, qu’il lui fournissait toutes sortes de perceptions
bizarres. Mais il a ajouté : « Cette chose que j’ai obtenue à travers la méditation, cependant,
elle n’a pas changé, elle est toujours là. » Et c’est la raison pour laquelle la souffrance du corps
ne pesait pas sur son esprit, la raison pour laquelle les perceptions bizarres produites par le
cerveau ne le trompaient pas. Il montrait qu’il est possible de ne pas souffrir au cours du
processus de la maladie et de la mort. Et quand une telle chose est possible, vous voulez
vraiment orienter tous vos efforts dans cette direction. Comme le dit l’une des récitations, ne
soyez pas le genre de personne qui regrette plus tard de ne pas avoir profité de l’occasion de
pratiquer, quand vous étiez encore fort et en bonne santé.

https://www.dhammatalks.org/Archive/fre ... 140326.pdf
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Re: La contemplation du corps

Message non lu par axiste » mar. 3 juil. 2018 08:41

Je me dis parfois que je peux voir le ou les corps comme des pensées très profondes...un peu comme des pensées au ralenti, sorte de zoom étrange ou je tombe parfois...comme des poupées gigognes qui s’assemblent comme des couloirs de vents..

Un jour mon père me soignait une dent et m’a dit: « ta dent est autonome, elle a sa vie propre, elle est une entité qui vit sa vie dans ton corps. » cela était très étrange de considérer une partie de mon corps qui semblait s.echapper subitement...ce jour là j’ai eprouvé une sorte de compassion pour ma dent qui était subitement projetée à l’extérieur de mon corps. On peut faire cela très facilement avec un cheveu, là c’est beaucoup moins douloureux..alors c’est moins impactant. La douleur impacte. Elle force a regarder vraiment.
Le truc avec tout cela, c’est qu’on peut avoir des éclairs de compréhension, puis on oublie au fil du temps, parce que c’est une forme d’éludation que l’on fait inconsciemment, par attachement, et on se rattache au monde extérieur qui fonctionne aussi ainsi, mais on ne le voit pas toujours, ou alternativement.

On vieillit, on voit les autres vieillir. Le contact avec la vieillesse peut créer beaucoup d’attachements et de détachements.
Pourquoi les lamentations nous retournent autant parfois, pourquoi le chemin des autres nous impacte autant ? Ils incarnent aussi toutes ces pensées que nous avons et avec lesquelles nous bataillons trop souvent.

Merci pour ce texte chercheur jap_8
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Re: La contemplation du corps

Message non lu par tirru... » mer. 4 juil. 2018 13:01

Merci beaucoup Chercheur,

J’ai lu beaucoup de textes concernant la contemplation des 32 parties du corps et son rapport avec l’attachement mais jamais avec cette qualité de compréhension ! N’est-ce pas les quatre messagers divins ; maladie, vieillesse, mort et rencontre d’un religieux ; qui ont incité le jeune Siddharta à quitter sa vie de confort pour devenir un samana !

Je note au passage ces extraits :
C’est une bonne chose de développer un sens de dépassion et de désenchantement vis-à-vis du corps, de développer un sens de saṁvega, afin que lorsqu’il se brise, nous ne nous brisions pas aussi.
——
Il ne s’agit pas de vous encourager à ne pas prendre soin du corps, mais simplement à faire attention à toute illusion qui pourrait se développer autour de lui, afin que quand le vieillissement, la maladie et la mort arriveront, vous soyez
plus préparé.
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Re: La contemplation du corps

Message non lu par tirru... » mer. 4 juil. 2018 18:33

Autre extrait d’une autre source :
Un Sutta affirme : « Quand, Rāhula, la Vigilance remémoratrice est ainsi développée, ainsi pratiquée fréquemment, inspiration et expiration finales aussi sont connues quand elles cessent, non inconnues ». Or, on sait l’importance qu’accorde le Dharma au dernier souffle, au moment de la mort, qui est l’occasion d’un « bilan » quand, bien entendu, elle est consciente. Et ce bilan peut êt=re favorable quand la mort est douce, défavorable quand la mort est terrifiante, abominable si la purulence du vouloir-vivre, qui, jusque-là sommeillant dans le subconscient, n’avait jamais été clairement ressentie pendant la vie, se réveille et fait se révolter le cœur. Combien d’existences, se croyant prêtes à mourir paisiblement, se lamentent, crient, se désespèrent quand la mort arrive. Cependant, pour certains, le cœur purifié, en s’éteignant, laisse place à la splendeur de la Prajñā et, au plus haut, à la béatitude du nibbāna, béatitude du « nul »...
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Re: La contemplation du corps

Message non lu par axiste » mer. 4 juil. 2018 23:43

Nous ne sommes pas ce corps et il ne nous appartient pas.
Sinon nous pourrions décider de ne pas vieillir ou de ne jamais tomber malade.
Le corps suit son chemin.
Selon sa nature.
Je note cet extrait dans le texte posté par chercheur:
Donc, il est important que nous examinions les choses ici-même. Sinon, nous restons attachés à la souffrance que le corps va nous apporter. Comme nous le savons tous, il vieillit, tombe malade et ensuite il meurt. Si vous ne pensez pas que cela va être de la souffrance, alors allez passer quelque temps avec des gens très âgés, des gens très malades, des gens qui sont en train de mourir. Voyez combien ils souffrent. Il y a deux semaines, quand j’étais de retour chez mon père, j’ai participé au rituel quotidien consistant à le retourner afin que ma belle-mère puisse lui enlever sa couche. Pendant qu’elle faisait cela, j’ai pu voir à quoi ressemble un vieux corps avec des escarres, comment un vieux corps fonctionne et ne fonctionne pas, combien de souffrance il provoque quand il est impotent, non seulement pour la personne dans le vieux corps, mais aussi pour les gens qui prennent soin de lui. J’ai aussi vu à quoi cela ressemble d’être vieux et de ne pas avoir entraîné l’esprit. Dans ces moments-là, l’esprit est totalement incontrôlable, parce que lorsque le corps s’affaiblit, votre énergie diminue. Les pensées qui font irruption dans l’esprit peuvent en prendre totalement le contrôle si vous’n’avez pas développé la capacité à les contrer.

Et puis, il y a toutes les indignités de la vieillesse. C’est comme si le corps humain était conçu pour saper tout sens de fierté que nous puissions ressentir. D’autres personnes doivent vous essuyer ; d’autres personnes doivent vous retourner ; quel que soit le sentiment d’intimité que vous ayez pu avoir au sujet de votre corps, il passe par la fenêtre. Vous ne pouvez pas contrôler votre fonction d’uriner, vous ne pouvez pas contrôler votre fonction de déféquer.

Tout devient incontrôlable. Et c’est une bonne chose de contempler cela, de ne pas développer un sens d’aversion, mais d’examiner le caractère universel de cette condition du corps et de développer un sens de saṁvega , de voir la quantité d’efforts consacrés à maintenir le corps, et ensuite ce à quoi aboutissent tous ces efforts. Si c’est là que vous recherchez le bonheur, vous cherchez au mauvais endroit. C’est là tout l’objet de cette contemplation. Si vous n’apprenez pas comment abandonner votre attachement maintenant, pendant que vous êtes encore fort et en bonne santé, cela va devenir de plus en plus difficile lorsque le corps s’affaiblira, lorsque le corps vieillira.
Merci Tirru pour les tétrades. jap_8
Cinq clefs pour la parole correcte :
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Re: La contemplation du corps

Message non lu par chercheur » jeu. 5 juil. 2018 08:00

Ce passage m'a le plus marqué. Du coup, je suis allé voir des images pour voir un peu de quoi il en retournait, et j'avoue que cela m'a assez impacté, voir choqué... :-( me recevant une certaine forme de violence (en tout cas le percevant comme tel) impactant même mes méditations de ces derniers jours...
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Re: La contemplation du corps

Message non lu par axiste » jeu. 5 juil. 2018 17:27

Je pense qu’aller voir des images est une violence.
Par contre, côtoyer la réalité parce que c’est ce qui est n’offre pas de prise aux pensées. Parce que, face à la souffrance, les pensées inutiles. Seuls les gestes et l’attention importent et tout jugement est tué d’emblée. love3
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Re: La contemplation du corps

Message non lu par tirru... » ven. 6 juil. 2018 11:43

Bonjour,

Dans le prolongement du thème sur la contemplation du corps et du fait que la remémoration continuelle est importante pour ne pas dire incontournable, les récitations quotidiennes prennent ici tout leurs sens.


Abhinha Paccavekkhanapātha:
Cinq sujets de réflexion quotidienne :
  • Jarā-dhammomhi jaraṁ anatīto.
    Il est dans notre nature de vieillir, on ne peut pas l’éviter.
  • Byādhi-dhammomhi byādhiṁ anatīto.
    On porte la maladie en soi, on ne peut pas l’éviter.
  • Maraṇa-dhammomhi maraṇaṁ anatīto.
    Il est dans notre nature de mourir, on ne peut pas l’éviter.
  • Sabbehi me piyehi manāpehi nānā-bhāvo vinā-bhāvo.
    Nous devons quitter tous nos biens, nous séparer de ceux que nous aimons, même de la vie.
  • Kammassakomhi kamma-dāyādo kamma-yoni kamma-bandhu kamma-paṭisaraṇo.
    Nous créons notre kamma, nous sommes héritiers de notre kamma, nous naissons de notre kamma, nous sommes entraînés par notre kamma, nous sommes guidés par notre kamma.
  • Yaṃ kammaṁ karissāmi kalyāṇaṁ vā pāpakaṁ vā tassa dāyādo bhavissāmi.
    Nous récoltons toujours le fruit de nos actions, qu’elles soient bonnes ou mauvaises.
  • Evaṃ amhehi abhiṇhaṁ paccavekkhitabbaṁ.
    Nous devons contempler ces réflexions tous les jours.
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Re: La contemplation du corps

Message non lu par chercheur » ven. 6 juil. 2018 13:29

Je pense qu’aller voir des images est une violence.
Oui je suis d'accord avec toi, mais la curiosité l'a emportée. Je comprends mieux pourquoi Ajahn Geoff, ainsi que le Bouddha, nous conseille de retourner à la respiration pour calmer l'esprit, et ne pas, trop, rester coller à tout ce que ça remue en soi. Butterfly_tenryu

@tirru : D'ailleurs, c'est un entraînement que le Bouddha proposait aux laîcs (hommes et femmes).
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Re: La contemplation du corps

Message non lu par axiste » sam. 7 juil. 2018 00:33

Les images ne coulent pas. Elles sont immobiles. En ce sens elles sont une impossibilité. Pourtant nos sens sont moins sollicités que dans la réalité. Par exemple, si je regarde une image d’escarre je n’ai pas l’odeur, je n’ai pas le contexte, je ne vois pas les soins, je ne comprends pas vraiment comment il est apparu, comment il va disparaître, ou pas. Le message de la réalité est en quelque sorte galvaudé pour ne pas dire occulté. L’image est une sorte d’excroissance réductrice parce qu’elle est orientée sur la forme.
Dans la réalité, il y a l’odeur de putréfaction, on voit que le corps est impacté par l’immobilité, qu’il y a des contacts corporels qui favorisent l’apparition d’escarres comme lorsque la personne est définitivement alitée. On voit les intentions bienveillantes des personnes qui soignent. Bref, le réel fait des liens avec le courant de la vie, il est d’ailleurs insaisissable. Ce que l’image n’est pas. Les images mentent parce qu’elles isolent ce qui ne l’est jamais.
En fait ce qui me semblent violent, c’est l’impossibilité que nous avons à établir les liens des images avec le courant de la vie. Les images sont comme des poignards qui coupent le flux des choses. Je ne parle pas des films qui enchaînent les images, qui sont des histoires que racontent les images.
Mais les films ou les images sont utiles car nous les animons ou leur donnons vie et ainsi nous communiquons. C’est un peu comme les mots. Mais le silence est bien aussi.

Pour en revenir au corps, peut être se contenter d’observer son corps ou celui des personnes que la vie met sur nos pas, parce que la recherche des images ne donne pas la compréhension. Elle expose juste ses formes...et nous interprétons.
Je comprends mieux pourquoi Ajahn Geoff, ainsi que le Bouddha, nous conseille de retourner à la respiration pour calmer l'esprit, et ne pas, trop, rester coller à tout ce que ça remue en soi.
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@tirru : D'ailleurs, c'est un entraînement que le Bouddha proposait aux laîcs (hommes et femmes).
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Re: La contemplation du corps

Message non lu par ShraWaKa » lun. 9 juil. 2018 16:10

Merci à vous pour ces précieux échanges jap_8

Il est vrai que le texte interpelle, c'est pourquoi si déjà celui-ci vous a choqué, je vous déconseille fortement de rechercher 'kayanupassana' sur youtube ... et plutôt vous tourner vers l'audio ou texte d' Ajahn Chah complémentaire :
NOTRE VÉRITABLE DEMEURE
Ajahn Chah


Traduit par Jeanne Schut
http://www.dhammadelaforet.org/


Paroles adressées par le Vénérable Ajahn Chah à l’une de ses disciples âgée, proche de la mort.

Préparez-vous maintenant à écouter respectueusement le Dhamma. Tandis que je vous parlerai, soyez aussi attentive à mes paroles que si le Bouddha lui-même était assis en face de vous. Restez confortablement allongée, fermez les yeux et préparez votre esprit en le concentrant sur un point unique. Avec humilité, permettez au Triple Joyau de la sagesse, la vérité et la pureté de prendre place dans votre cœur, en témoignage de respect pour Celui qui est Pleinement Eveillé.

Aujourd'hui, je ne vous ai apporté aucun présent matériel, seulement le Dhamma, les enseignements du Bouddha. Ecoutez attentivement. Il faut tout d’abord que vous compreniez que le Bouddha lui-même, quel qu’ait été le nombre de ses vertus, n’a pu éviter la mort physique. Quand il atteignit un âge avancé, il abandonna son corps et se libéra de son poids. C’est à votre tour, aujourd’hui, d’apprendre à vous satisfaire des nombreuses années durant lesquelles vous avez dépendu de votre corps et sentir que cela suffit.

On peut comparer les parties de notre corps à des ustensiles de cuisine que l’on a depuis longtemps — tasses, soucoupes, assiettes etc. Au début ils étaient propres et brillants mais après avoir été longtemps utilisés, ils ont commencé à s'user. Quelques-uns se sont cassés, d'autres ont disparu et ceux qui restent sont abîmés, plus ou moins déformés — mais il est dans leur nature d'évoluer comme cela. Il en va de même pour votre corps. Il a subi des changements continus depuis le jour de votre naissance, en passant par l'enfance, la jeunesse et maintenant la vieillesse. Vous devez accepter cela. Le Bouddha a dit que les conditions (sankhara) — qu'il s'agisse d’états physiques ou psychiques — ne nous appartiennent pas en propre; il est dans leur nature de changer. Méditez cette vérité jusqu'à ce que vous la compreniez clairement.

La masse de chair qui repose ici, sur le déclin, est elle-même saccadhamma, vérité. La vérité de ce corps estsaccadhamma, tel est l'enseignement immuable du Bouddha. Le Bouddha nous a appris à observer le corps, à l’analyser et à en accepter la nature. Nous devons pouvoir être en paix avec notre corps, quel que soit l'état dans lequel il se trouve. Le Bouddha a insisté pour que nous veillions à ce que seul le corps soit prisonnier et que nous ne laissions pas l’esprit s’enfermer avec lui.

Aujourd’hui, tandis que votre corps commence à s’affaiblir et se détériorer avec l'âge, ne résistez pas — mais ne laissez pas non plus votre esprit se détériorer avec lui. Gardez-les séparés. Donnez de l'énergie à votre esprit en réalisant la vérité des choses telles qu’elles sont. Le Bouddha nous a enseigné que telle est la nature du corps et qu'il ne peut être autrement : étant né, il vieillit, tombe malade et puis meurt. C'est une grande vérité à laquelle vous faites face en ce moment. Observez votre corps avec sagesse et éveillez-vous à cette vérité.

Imaginons que votre maison soit inondée ou entièrement brûlée, quel que soit le danger qui la menace, veillez à limiter les dégâts à la maison seule. S'il y a une inondation, ne la laissez pas inonder votre esprit. S'il y a un incendie, ne le laissez pas brûler votre cœur. Que cela touche uniquement la maison, extérieure à vous. Permettez à votre esprit de se libérer de tous ses attachements. Le temps est venu.

Vous avez vécu longtemps. Vos yeux ont vu toutes sortes de formes et de couleurs, vos oreilles ont entendu tant de sons, vous avez vécu d’innombrables expériences. Mais voilà, c’est tout ce qu'elles étaient, de simples expériences. Vous avez mangé des choses délicieuses et tous ces goûts n'étaient que de bons goûts, rien de plus. Les goûts désagréables n'étaient que des goûts désagréables. Si l'œil voit une belle forme, ce n’est rien d’autre qu’une belle forme. Une forme laide n’est qu’une forme laide. L'oreille peut percevoir un son féerique et mélodieux mais ce n'est qu’un son, de même qu’un bruit grinçant et non harmonieux n'est rien que cela.

Le Bouddha a dit que, riche ou pauvre, jeune ou vieux, humain ou animal, aucun être en ce monde ne peut se maintenir longtemps dans un même état : tout doit subir un changement puis disparaître. C'est un fait de la vie contre lequel nul ne peut rien. Par contre, le Bouddha a dit que ce que l'on pouvait faire, c'est observer le fonctionnement du corps et de l'esprit afin de ne plus nous identifier à eux, de voir clairement qu’ils ne sont ni « moi » ni « miens ». Leur réalité n’est que provisoire. C'est comme cette maison : elle n’est vôtre que de nom, vous ne pourriez l'emporter nulle part avec vous. Il en est de même pour votre richesse, vos possessions et votre famille : ils ne vous appartiennent que de nom, ils ne sont pas vraiment à vous, ils appartiennent à la nature.

Cette vérité ne s'applique pas à vous seule, nous sommes tous dans la même situation, y compris le Bouddha et ses disciples éveillés. Ils ne différaient de nous qu’en une chose : ils acceptaient les choses telles qu'elles sont; ils voyaient clairement qu'il n'y avait pas d’alternative.

Le Bouddha nous a donc enseigné à étudier et à observer de près ce corps, de la plante des pieds jusqu'au sommet de la tête et puis à nouveau de la tête aux pieds. Même si vous ne jetez qu’un bref regard à votre corps, qu’y voyez-vous ? Y a-t-il quoi que ce soit de fondamentalement propre en lui ? Pouvez-vous y trouver la moindre essence permanente ? Ce corps tout entier est en train de dégénérer lentement et le Bouddha nous a enseigné à voir qu’il ne nous appartient pas. Il est naturel que le corps soit ainsi car tous les phénomènes conditionnés sont soumis au changement. Comment voudriez-vous qu'il en soit autrement ? En réalité, il n'y a rien de mal à cela. Ce n'est pas le corps qui vous fait souffrir, c'est votre façon de penser erronée. Quand vous percevez mal ce qui est juste, vous êtes inévitablement dans la confusion.

C'est comme l'eau d'une rivière. Elle coule naturellement dans le sens du courant, jamais à contre-courant, c’est dans sa nature. Si quelqu’un allait se tenir au bord d'une rivière et, voyant l'eau suivre rapidement son cours, souhaitait soudain qu’elle se mette à couler à contre-courant, cette personne souffrirait. Quelles qu’aient été ses intentions, sa façon erronée de penser ne lui permettrait pas de trouver la paix de l’esprit. Elle serait malheureuse à cause de sa façon de voir les choses, de penser à contre-courant. Si elle percevait bien les choses, elle verrait que l'eau doit inévitablement couler dans le sens du courant ; mais tant qu’elle n’aura pas réalisé et accepté cela, elle sera agitée et perturbée.

Or votre corps est comme cette rivière qui doit couler dans le sens du courant. Après avoir été jeune, il a vieilli et il s’achemine à présent vers la mort. N'allez pas souhaiter qu'il en soit autrement. Vous n’avez aucun pouvoir d’y remédier. Le Bouddha nous a dit de voir les choses telles qu’elles sont puis de cesser de nous y accrocher.

Trouvez refuge dans ce lâcher-prise. Continuez à méditer même si vous vous sentez fatiguée et épuisée. Que votre esprit reste attentif à la respiration. Prenez quelques inspirations profondes et puis posez votre esprit sur la respiration en utilisant le mantra « Bouddho ». Prenez l’habitude de pratiquer ainsi. Plus vous serez fatiguée, plus votre concentration devra être subtile et stable afin que vous puissiez supporter les sensations douloureuses qui apparaîtront. Quand vous commencerez à vous sentir fatiguée, arrêtez immédiatement toutes vos pensées ; laissez votre esprit se rassembler puis prenez conscience de votre respiration. Continuez simplement à réciter intérieurement « Boud-dho, Boud-dho ». Abandonnez tout ce qui vient du dehors. Ne vous attachez pas à des pensées concernant vos enfants et vos parents, ne vous attachez absolument à rien. Laissez aller. Que l'esprit se centre sur un point unique et que cet esprit unifié soit attentif à la respiration. Que la respiration soit le seul objet de sa conscience. Concentrez-vous jusqu'à ce que votre esprit devienne de plus en plus subtil, jusqu'à ce que les sensations deviennent insignifiantes et qu'une grande clarté et un éveil intérieurs vous habitent. A partir de là, quand des sensations douloureuses apparaîtront, elles disparaîtront progressivement d'elles-mêmes.

Peu à peu vous en viendrez à considérer la respiration comme un parent venu vous rendre visite. Quand un parent part, nous le suivons et le raccompagnons au-dehors pour lui dire au revoir. Nous le suivons des yeux jusqu'à ce qu'il disparaisse de notre champ de vision et puis nous rentrons chez nous. Nous observons le souffle de la même façon. S’il est lourd, nous sommes conscients de cette lourdeur ; s’il est léger, nous sommes conscients de cette légèreté. Il va s’affiner de plus en plus et nous continuerons à le suivre tout en éveillant simultanément l'esprit. Finalement, à un certain point, la respiration peut sembler disparaître complètement et la seule chose qui demeure alors, c'est la sensation d'éveil. C’est ce que l’on appelle « rencontrer le Bouddha ». Nous avons cette clarté d'éveil appelée « Bouddho », Celui qui sait, Celui qui est éveillé, le Radieux. C'est rencontrer et demeurer avec le Bouddha, dans la connaissance et la clarté. Car c’est seulement le Bouddha historique, de chair et de sang, qui est entré dans le Parinibbana [libération ultime qui se produit au moment de la mort du corps physique d’un être éveillé.]. Quant au vrai Bouddha, celui qui est connaissance claire et radieuse, nous pouvons toujours le ressentir, entrer en contact avec lui et, quand nous y parvenons, le cœur est unifié.

Ainsi donc, lâchez tout. Déposez tout ce que vous êtes et tout ce que vous avez, sauf la connaissance. Ne vous laissez pas abuser par les visions ou les sons qui peuvent surgir dans votre esprit pendant la méditation. Laissez-les tous aller. Ne vous accrochez absolument à rien. Restez simplement avec cette conscience non-duelle. Ne vous préoccupez ni du passé ni de l’avenir, contentez-vous de rester tranquille, et vous atteindrez ce lieu où l’on ne peut ni avancer, ni reculer, ni s’arrêter, où il n'y a rien à saisir et rien à quoi se raccrocher. Pourquoi ? Parce qu'il n'y a pas de soi, pas de « moi » ni de « mien ». Tout s'en est allé. Le Bouddha nous a appris à nous vider ainsi de tout, à ne rien transporter avec nous. Connaître pour pouvoir abandonner.

Réaliser le Dhamma, le sentier qui mène à la libération de la ronde des naissances et des morts, est un travail que nous devons tous accomplir seuls. C’est pourquoi vous devez continuer à essayer de lâcher prise et de comprendre les enseignements. Engagez-vous vraiment dans cette contemplation. Ne vous préoccupez pas de vos proches. Pour le moment, ils sont comme ils sont et, plus tard, ils seront comme vous aujourd’hui. Personne au monde ne peut échapper à ce destin. Le Bouddha nous a dit d’abandonner tout ce qui est dépourvu de réalité et de permanence. Si vous abandonnez tout, vous verrez la vérité, sinon, vous ne la verrez pas. C'est ainsi et il en est de même pour chacun en ce monde. Alors, ne vous faites pas de soucis et ne vous accrochez à rien.

Même si vous constatez que vous êtes dans les pensées, ce n’est pas grave à condition que vous pensiez sagement. Ne pensez pas sottement. Si vous pensez à vos enfants, pensez à eux avec sagesse. Quelle que soit la chose vers laquelle votre esprit se tourne, pensez-y et considérez-la avec sagesse, consciente de sa véritable nature. Si vous avez pris connaissance de quelque chose avec sagesse, vous pouvez l’abandonner sans souffrance. L'esprit est lumineux, joyeux, paisible et, se détournant des distractions, il est unifié. En cet instant précis, pour vous aider et vous soutenir, vous pouvez vous centrer sur votre respiration.

Voilà votre tâche, à vous et à personne d'autre. Laissez les autres faire leur travail. Vous avez vos propres devoirs et responsabilités, ne vous chargez pas de ceux de votre famille. Ne vous souciez de rien d'autre, lâchez tout. Ce lâcher-prise apaisera votre esprit. Votre seule responsabilité à l'heure actuelle est de concentrer votre esprit jusqu’à ce qu'il trouve la paix. Laissez tout le reste aux autres. Les formes, les sons, les odeurs, les goûts, laissez les autres s'en charger. Mettez tout cela derrière vous et accomplissez votre tâche, remplissez vos propres obligations. Quoi qu'il puisse surgir dans votre esprit, que ce soit la peur de la douleur, la peur de la mort, l'inquiétude pour les autres ou quoi que ce soit, répondez simplement : « Ne me dérangez pas. Cela ne me concerne plus. » Continuez simplement à vous dire ceci, à chaque fois que vous verrez surgir ces dhamma.

A quoi ce mot « dhamma » se réfère-t-il ? Tout est dhamma. Il n'y a rien que ne soit dhamma. Et le mot « monde » ? Le monde est précisément l'état mental qui vous agite en ce moment. « Que va faire celui-ci ? Que deviendra celui-là ? Qui s’occupera d’eux après ma mort ? Comment s'en sortiront-ils ? » Tout cela est « le monde ». La moindre pensée de peur de la mort ou de la souffrance est le monde.

Rejetez le monde ! Le monde est comme il est. Si vous lui permettez de surgir dans votre esprit et de dominer votre conscience, votre esprit s’obscurcit et ne peut plus se percevoir. C’est pourquoi, à tout ce qui apparaît dans votre esprit, répondez simplement : « Ceci ne me concerne pas. C'est impermanent, insatisfaisant et sans existence propre. »

Si vous vous laissez aller à penser que vous aimeriez vivre plus longtemps, vous souffrirez. Mais penser que vous aimeriez mourir tout de suite ou très rapidement n'est pas juste non plus — n’est-ce pas toujours une souffrance ? Les éléments conditionnés ne nous appartiennent pas. Ils suivent leurs propres lois naturelles. Vous ne pouvez rien à l'état de votre corps. Vous pouvez l'embellir un peu, le rendre momentanément propre et agréable à regarder — comme les jeunes filles qui se peignent les lèvres et se laissent pousser les ongles — mais, quand l’âge arrive, nous sommes tous dans le même bateau. Le corps est ainsi fait et vous n’y pouvez rien. Par contre, ce que vous pouvez améliorer et embellir, c’est votre esprit.

N'importe qui peut bâtir une maison en bois et en briques, mais le Bouddha nous a enseigné que cette sorte de maison n'est pas notre véritable demeure, elle ne nous appartient que de nom. C'est une maison du monde et elle suit les règles du monde.

Notre véritable demeure, c’est la paix intérieure. Une maison matérielle extérieure peut très bien être belle mais elle n'est pas très paisible. Il y a toujours ce souci qui apparaît et puis celui-là, cette angoisse et puis celle-là. C’est pourquoi nous disons que ce n'est pas notre véritable demeure. Elle est extérieure à nous et, tôt ou tard, nous devrons nous en séparer. Nous ne pouvons y vivre de façon permanente parce qu'elle ne nous appartient pas vraiment, elle fait partie du monde.

Il en va de même pour notre corps : nous faisons comme s’il était nous — « c’est moi », « c’est le mien » — mais en fait ce n'est pas du tout le cas, il n'est qu’une autre maison du monde. Votre corps a suivi son cours naturel depuis la naissance jusqu'à maintenant, il est vieux et malade et vous ne pouvez empêcher cela, c'est ainsi. Vouloir qu'il en soit autrement serait aussi insensé que vouloir qu'un canard ressemble à une poule. Quand vous constatez que c’est impossible — qu'un canard doit être un canard, qu'une poule doit être une poule et que le corps doit vieillir et mourir — vous trouvez force et énergie. Vous pouvez toujours désirer que votre corps reste jeune et dure éternellement, cela n’arrivera pas.

Le Bouddha a dit :
Anicca vata sankhara
Uppada vayadhammino
Upajjhitva nirujjhanti
Tesam vupasamo sukho

« Tous les objets conditionnés sont impermanents
Il est dans leur nature d’apparaître puis de disparaître
Etant apparus, ils disparaîtront

Le mot « sankhara » se réfère au corps et à l'esprit. Les sankhara sont impermanents et instables. Etant nés, ils disparaissent; étant apparus, ils meurent et pourtant nous voudrions qu'ils soient permanents. C'est insensé. Regardez le souffle : une fois entré en nous, il ressort ; c’est dans sa nature, c'est ainsi que cela doit être. L’inspiration doit alterner avec l'expiration, il faut qu’il y ait changement. Les sankhara existent par le changement, vous n’y pouvez rien. Réfléchissez un peu : pourriez-vous expirer sans inspirer ? Pensez-vous que ce serait confortable ? Ou bien pourriez-vous vous contenter d’inspirer ? Nous voulons que les choses soient permanentes mais elles ne peuvent pas l'être, c'est impossible. Une fois que le souffle est entré, il doit ressortir, quand il est sorti, il entre à nouveau. N'est-ce pas naturel ? Etant nés, nous vieillissons, nous tombons malades et puis nous mourons et cela est absolument naturel et normal. C'est parce que les sankhara ont fait leur travail, parce que les inspirations ont alterné avec les expirations, que la race humaine est encore là aujourd'hui.

Dès que nous naissons, nous sommes potentiellement morts. Naissance et mort ne sont qu'une seule et même chose. C'est comme un arbre : quand il y a des racines, il doit y avoir des branches et quand il y a des branches, il doit y avoir des racines. Les unes ne peuvent exister sans les autres. C'est plutôt drôle de voir comment, à l'occasion d'un décès, les gens sont accablés, fous de douleur, en larmes et tristes, alors qu’à l’occasion d'une naissance ils sont heureux et se réjouissent. C'est une illusion ; personne n'a jamais considéré cela clairement. Je pense que, si vous voulez vraiment pleurer, il vaudrait mieux le faire quand quelqu'un naît, parce qu’en réalité la naissance est mort, tout comme la mort est naissance, la racine est la branche et la branche est la racine. S’il vous faut pleurer, pleurez à la racine, pleurez à la naissance. Examinez les choses de près : s'il n'y avait pas de naissance, il n'y aurait pas de mort. Est-ce si difficile à comprendre ?

Ne pensez pas trop. Dites-vous simplement : « C'est ainsi et c’est tout. » Voilà votre tâche aujourd’hui, votre devoir. En cet instant, personne ne peut vous aider, il n'y a rien que votre famille ou vos trésors puissent faire pour vous. Tout ce qui peut vous aider maintenant, c'est l’attention juste. Alors, n'hésitez pas. Lâchez prise. Abandonnez tout.

De fait, même si vous n’abandonnez pas, tout commence à s’éloigner. Voyez-vous comment les différentes parties de votre corps vous lâchent peu à peu ? Vos cheveux, par exemple : quand vous étiez jeune, ils étaient noirs et épais; maintenant, ils tombent. Ils s’en vont. Vos yeux étaient forts et perçants, maintenant ils sont faibles et votre vue n'est pas claire. Quand les organes en ont assez, ils nous quittent, ils n’étaient pas ici chez eux. Quand vous étiez enfant, vos dents étaient saines et solides ; maintenant elles tiennent à peine, ou peut-être avez-vous des fausses dents. Vos yeux, vos oreilles, votre nez, votre langue — tout est en train de vous lâcher parce que votre corps n'est pas leur maison. Vous ne pouvez bâtir une maison permanente dans unsankhara ; vous pouvez y demeurer un certain temps mais ensuite il vous faut la quitter. Comme un locataire qui surveillerait sa petite maison de ses yeux affaiblis : ses dents ne sont plus très bonnes, ses oreilles ne sont plus très fines, son corps n'est plus très sain, tout est en train de partir.

C’est pourquoi il est inutile de vous faire du souci : ceci n'est pas votre véritable demeure mais plutôt un abri temporaire. Comme vous êtes venue dans ce monde, vous devez en étudier la nature. Tout ce qui existe se prépare à disparaître. Regardez votre corps. Y a-t-il aujourd’hui la moindre chose qui ait encore son apparence première ? Votre peau est-elle comme autrefois ? Quant à vos cheveux, ils sont différents aussi, n’est-ce pas ? Où tout cela s’en est-il allé ? C'est la nature, c’est ainsi que sont les choses. Quand leur heure est arrivée, les éléments suivent leur chemin. Ce monde n’offre aucune certitude. C'est une ronde sans fin de perturbations et de problèmes, de plaisirs et de chagrins. Il n'y a pas de paix.

Quand nous n'avons pas de véritable demeure, nous sommes comme un voyageur errant, suivant un moment ce chemin-ci puis celui-là, s'arrêtant un peu pour ensuite se remettre en route. Jusqu'à ce que nous retournions à notre véritable demeure, nous nous sentons mal à l'aise quoi que nous fassions, exactement comme celui qui a quitté son village pour partir en voyage : ce n’est qu’en rentrant chez lui qu'il pourra vraiment se détendre et retrouver ses aises.

On ne peut trouver de paix réelle nulle part au monde. Les pauvres n'ont pas de paix et les riches pas davantage. Les adultes n'ont pas de paix, les enfants n'ont pas de paix, les gens peu instruits n'ont pas de paix et les plus éduqués non plus. Il n'y a de paix nulle part. C'est dans la nature du monde.

Ceux qui ont peu de biens souffrent, de même que ceux qui en ont beaucoup. Les enfants, les adultes, les personnes âgées, tout le monde souffre. La souffrance d'être vieux, la souffrance d'être jeune, la souffrance d'être riche et la souffrance d'être pauvre — tout n’est que souffrance.

Quand vous aurez considéré les choses de cette façon, vous verrez anicca, l'impermanence et dukkha, l'insatisfaction. Pourquoi les choses sont-elles impermanentes et insatisfaisantes ? Parce qu’elles sont anatta, sans existence propre.

Votre corps qui repose ici, malade et souffrant, de même que votre esprit qui est conscient de cette maladie et de cette douleur, sont tous deux appelés dhamma. Ce qui est sans forme — les pensées, les sentiments et les perceptions — est appelé namadhamma. Ce qui est tourmenté par les maux et les douleurs est appelérupadhamma. Le matériel est dhamma et le non-matériel est dhamma. Ainsi nous vivons avec le dhamma, dans le dhamma, nous sommes dhamma. En vérité, on ne peut trouver de soi nulle part, il n’y a que le dhamma qui ne cesse d’apparaître et de disparaître car telle est sa nature. A chaque instant, nous passons par la naissance et par la mort. C'est dans la nature des choses.

Quand nous pensons au Bouddha, à la vérité contenue dans ses enseignements, nous sentons combien il est digne de nos prosternations, de notre révérence et de notre respect. A chaque fois que nous voyons la vérité de quelque chose, nous voyons ses enseignements, même si nous n'avons jamais vraiment pratiqué le Dhamma. Pourtant, même si nous avons connaissance de ses enseignements, si nous les avons étudiés et pratiqués, mais sans en avoir encore perçu la vérité, sommes toujours errants, loin de notre véritable demeure.

Je vous demande à présent de bien comprendre ceci : tout le monde, toutes les créatures sont sur le point de partir. Quand les êtres ont vécu leur temps, ils s’en vont. Les riches, les pauvres, les jeunes, les vieux, tous les êtres doivent passer par ces changements.

Quand vous prendrez conscience que le monde est ainsi, vous vous direz que c'est un endroit sans intérêt. Quand vous verrez qu'il n'y a là rien de stable ni de substantiel sur quoi vous appuyer, vous vous sentirez lasse et désenchantée.

Etre désenchantée ne signifie pas que vous soyez en conflit. Votre esprit est clair. Il voit qu'il n'y a rien à faire pour remédier à cet état de choses, c'est ainsi que le monde est fait. Sachant cela, vous pouvez abandonner tous vos attachements, les abandonner, l’esprit ni heureux ni triste mais en paix avec les sankhara, ayant perçu avec sagesse leur nature changeante.

Anicca vata sankhara — tous les sankhara sont impermanents. Disons simplement que l'impermanence est le Bouddha. Si nous voyons très clairement un phénomène impermanent, nous verrons qu'il est permanent — permanent dans le sens qu’il est invariablement soumis au changement. Telle est la permanence que possèdent les êtres vivants. Il y a transformation continue de l'enfance, en passant par la jeunesse et jusqu’à la vieillesse, et c’est cette même impermanence, cette nature changeante qui est permanente et fixe. Si vous regardez les choses de cette façon, votre cœur trouvera la paix. Vous n’êtes pas la seule à devoir en passer par là, tout le monde y passe.

Quand vous considèrerez les choses ainsi, vous les trouverez lassantes et le désenchantement apparaîtra. Votre attirance pour le monde et ses plaisirs des sens disparaîtra. Vous constaterez que si vous possédez beaucoup de choses, vous devrez en laisser beaucoup derrière vous, et que si vous en possédez peu, vous en laisserez peu. La richesse n’est que la richesse, une longue vie n’est qu’une longue vie. Il n’y a là rien de spécial.

Ce qui est important, c'est que nous suivions les enseignements du Bouddha et que nous construisions notre propre demeure, selon la méthode que je vous ai expliquée. Construisez votre véritable demeure. Lâchez prise. Lâchez prise jusqu'à ce que l'esprit atteigne la paix, cette paix qui est ni d’avancer, ni de reculer, ni de s'arrêter. Le plaisir n'est pas notre demeure, le chagrin n'est pas notre demeure. Plaisir et chagrin déclinent tous deux puis disparaissent.

Le Grand Maître a vu que tous les sankhara étaient impermanents, c’est pourquoi il nous a enseigné de ne pas nous y attacher. Quand nous atteindrons la fin de notre vie, nous n'aurons pas le choix de toute façon ; nous ne pourrons rien emporter avec nous. Ne serait-il donc pas préférable de déposer tout cela avant ? C’est un lourd fardeau que nous transportons avec nous. Pourquoi ne pas nous débarrasser de ce poids dès à présent ? Pourquoi nous freiner en le traînant partout ? Lâchez, détendez-vous et laissez votre famille prendre soin de vous.

Ceux qui soignent les malades gagnent en bonté et en vertu. Quant au malade, qui donne à ses soignants cette occasion de croissance, il ne devrait pas leur rendre les choses difficiles. Si vous souffrez ou que vous avez un problème ou un autre, dites-le leur et gardez l'esprit sain. De son côté, celui qui soigne ses parents doit emplir son esprit de chaleur et de bonté, ne pas se laisser piéger par l'aversion. C'est une occasion unique qui lui est donnée de pouvoir s’acquitter de la dette qu’il a contractée envers eux. Depuis la naissance et tout au long de notre enfance, nous avons été dépendants de nos parents. Si nous sommes ici aujourd'hui, c'est parce que nos mères et nos pères nous ont aidés d’innombrables manières. Nous avons envers eux une énorme dette de gratitude.

Ainsi, aujourd'hui, vous tous enfants et parents ici rassemblés, voyez comment vos parents deviennent vos enfants. Avant, vous étiez leurs enfants, maintenant ce sont les vôtres. Ils vieillissent sans cesse jusqu'à redevenir des enfants. Leur mémoire s'en va, leurs yeux ne voient plus très bien et leurs oreilles n'entendent pas ; parfois on ne comprend pas ce qu’ils marmonnent. Que cela ne vous trouble pas. Vous tous, qui soignez les malades, vous devez apprendre à lâcher prise. Ne vous accrochez pas aux choses, détendez-vous et laissez les anciens faire à leur tête. Quand un jeune enfant est désobéissant, les parents le laissent parfois faire à sa guise, simplement pour avoir la paix, pour qu'il soit content. Aujourd’hui vos parents sont comme cet enfant. Leurs souvenirs et leurs perceptions sont confus. Il leur arrive de mélanger les noms ou bien de vous apporter une assiette quand vous leur demandez une tasse. C'est normal, ne vous laissez pas troubler pour autant.

Que le malade apprécie la gentillesse de ceux qui le soignent et endure patiemment les sensations douloureuses. Mentalement, faites de gros efforts; ne laissez pas l'esprit se disperser et s’agiter, et ne menez pas la vie dure à ceux qui prennent soin de vous. Que ceux qui soignent le malade emplissent leur esprit de bonté et de gentillesse. Ne rejetez pas le côté déplaisant de la tâche, comme nettoyer la salive et autres mucosités, l'urine et les excréments. Faites de votre mieux. Que chacun dans la famille y participe.

Ce sont les seuls parents que vous ayez. Ils vous ont donné la vie, ils ont été vos maîtres, vos infirmiers et vos médecins, ils ont tout été pour vous. Qu'ils vous aient élevé, éduqué, fait partager leurs richesses et fait de vous leurs héritiers est la grande générosité des parents. C’est pourquoi le Bouddha nous a enseigné les vertus dekataññu et katavedi qui consistent à être conscients de notre dette de gratitude envers nos parents et essayer de les payer de retour. Ces deux dhamma sont complémentaires. Si nos parents sont dans le besoin, s'ils sont malades ou en difficulté, nous devons faire de notre mieux pour les aider. C'est kataññu-katavedi, une vertu qui soutient le monde. Elle empêche les familles de se séparer, elle les rend stables et harmonieuses.

Aujourd'hui vous êtes malade et je vous ai apporté le Dhamma en guise de cadeau. Je n'ai pas de biens matériels à vous offrir — il semble y en avoir déjà beaucoup dans cette maison — c’est pourquoi je vous offre le Dhamma dont la valeur est durable et inépuisable. L'ayant reçu de moi, vous pourrez le transmettre à tous ceux que vous voudrez sans qu’il perde jamais de sa force. Telle est la nature de la vérité. Je suis heureux d'avoir pu vous faire ce présent du Dhamma et j'espère qu'il vous donnera la force de faire face à votre douleur.
source dhammadelaforet
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